Sécheresse sur le Mékong : à qui la faute ?

Ecrit par: Krystel MAURICE

A la une du quotidien thaïlandais The Nation, cette photo du Mékong, à son plus bas niveau depuis des décennies.

Le Mékong est à son plus bas niveau depuis des décennies, bien en dessous des niveaux enregistrés lors des deux précédentes sécheresses, celle de 2003-2004 et celle, plus importante encore, de 1992- 1993. La Commission du Mékong, qui vient de livrer ces informations, précise que le nord de la Thaïlande, le nord du Laos, et le sud-ouest de la Chine sont les plus affectés.

Cet  organisme intergouvernemental qui regroupe quatre pays- la Thaïlande, le Laos, le Cambodge et le Vietnam- a été crée  en 1995  pour développer, coordonner et gérer le partage des ressources dans une perspective de développement durable.

Une grave sécheresse aura un impact sur l’agriculture, la sécurité alimentaire, l’accès à l’eau potable et le transport fluvial, prévient la Commission. Cela affectera le développement économique de populations  faisant déjà face à une grande pauvreté.
Dans le Yunnan, le niveau du fleuve n’a jamais été aussi bas depuis 50 ans, plus de la moitié de son niveau habituel en février, note également la Commission.

A Chiang Rai, au nord de la Thaïlande, le bureau des douanes avertit que les transports de marchandises avec la Chine devraient prochainement cesser en raison de la trop faible profondeur du fleuve. Les marchandises sont actuellement acheminées par route depuis Xishuangbanna, principale ville du  Yunnan, via le Laos. Une cinquantaine de camions seulement effectuaient la liaison chaque mois. Aujourd’hui, ce sont 50 camions par jour qui circulent sur cet axe d’une longueur de 2000 kilomètres.

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Les agriculteurs thaïlandais de la région sont aussi confrontés à cette sécheresse et ne pourront sans doute pas effectuer une troisième récolte de riz. Face à cette situation, ils viennent de s’adresser au gouvernement afin qu’il prenne en considération leurs inquiétudes et émette des propositions.

Le Laos vient d’interdit la pêche dans le Mékong des espèces de poissons en danger. En Thaïlande, où la population de poissons-chat géants a décliné de manière dramatique, les associations écologistes exigent des mesures de protection immédiates.

Le Cambodge est pour l’instant moins durement frappé que ses voisins. Il n’en reste pas moins que dans toutes les stations du pays où des relevés sont effectués, le niveau de l’eau est proche des minima atteints lors des deux sécheresses précédentes.

Quatrième fleuve d’Asie pour l’importance de son débit, le Mékong prend sa source au Tibet. Il irrigue la Chine, (province du Yunnan) borde le Laos, à la frontière du Myanmar puis de la Thaïlande. Il s’ s’écoule ensuite au Laos puis au Cambodge, où il divise en plusieurs bras jusqu’au sud du Vietnam. Sa longueur varie, selon les chiffres,  entre 4350 et 4 909 km. On estime que 60 à 70 millions vivent dans son bassin versant.

Dans ses conclusions préliminaires publiées le 5 mars sur son site internet, la Commission estime que le niveau extrême bas du Mékong est le résultat de plusieurs facteurs : la saison des pluies a été plus courte que d’habitude, les pluies de mousson ont été moins importantes (affectant aussi les affluents du Mékong), et il a très peu plu depuis le début de la saison sèche.

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L’impact des barrages chinois

La Commission relève cependant qu’à Chian Sen en Chine,  le niveau de l’eau était plus élevé qu’il n’est habituellement à la mi-janvier,  en raison  d’une retenue sur le barrage hydraulique. A la suite du lâcher de barrage, le fleuve a ensuite retrouver son niveau. Des discussions avec la Chine doivent être engagées, relève la commission.

C’est la question qu’à tenté d’aborder le Premier ministre thaïlandais Abhisit Vejjajiva lors d’une rencontre avec l’adjoint du ministre des affaires étrangères chinois Hu Zhengyue, lundi 8 mars. Mais ce dernier a rejeté toute responsabilité de son pays dans cette affaire, réfutant le fait que les barrages hydroélectriques construits dans le Yunnan aient un impact significatif sur le niveau du fleuve dans sa partie inférieur.

Ce n’est pas l’avis des associations de défense de l’environnement, lesquelles dénoncent depuis longtemps les conséquences qu’auront ces barrages sur le fleuve. Une situation d’autant plus difficile à contrôler que la Chine se considère comme seule maître à bord et refusait jusqu’alors de communiquer la moindre information à ses voisins, tout autant qu’aux experts internationaux.

En Chine, dans la seule province du  Yunnan, trois barrages ont été construits sur le Mékong pour produire de l’électricité. La capacité totale de leurs réservoirs est de 3 milliards de m3.
Un quatrième barrage, celui de Xiaowan,  en cours de construction, sera achevé en 2012. D’une hauteur de 300 mètres, ce sera le plus haut barrage du monde. Son réservoir aura une capacité de 15 milliards de m3 d’eau.

La Chine invite la Commission du Mékong à visiter un des ses barrages

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Mais alors que la polémique enflait en Thaïlande, la Chine, à la surprise générale, vient enfin de faire preuve de bonne volonté à l’égard de ses voisins. « La Chine invite les représentants de la Commission du Mékong (Thaïlande, Cambodge, Vietnam, Laos) à visiter le barrage de Jinghong », a annoncé ce 10 mars, Kasemsun Chinnavaso, directeur général du département des Ressource en Eaux. Ce barrage, situé à 280 km de la province thaïlandaise de Chiang Rai, est l’un des quatre barrages chinois sur le Mékong.  « C’est un grand pas en avant vers une amélioration des relations entre la Chine et les pays de la région du bas Mékong qui nous permettra de mieux surmonter cette sécheresse »s’est-il félicité. Cette visite devrait avoir lieu courant mars.

Mais en Thaïlande, où les écologistes sont très actifs, certaines associations dénoncent aussi régulièrement la mauvaise gestion de la Commission du Mékong et son incapacité à préserver le fleuve. Et elles entendent bien le faire savoir notamment à l’occasion du sommet organisé par la Commission à  Hua Hin (Thaïlande) du 1er au 5 avril 2010.

Krystel Maurice