Sam Rainsy, le chef de l’opposition, perd son immunité parlementaire – Cambodge Post

Ecrit par: Krystel MAURICE

Considérant que le Vietnam a illégalement déplacé les bornes temporaires qui délimitent la frontière avec le Cambodge, Sam Rainsy (ici au télephone) et les paysans décident d’arracher ces pieux, le 25 octobre 2009.

L’assemblée nationale a levé, lundi 16 novembre, l’immunité parlementaire du leader de l’opposition Sam Rainsy. Sam Rainsy est accusé de « destruction de biens publics » pour avoir déplacé six bornes marquant la frontière avec le Vietnam.
Le 25 octobre, Sam Rainsy, le chef de l’opposition, en déplacement dans la province de Svay Rieng, avait provoqué la colère des autorités vietnamiennes en déplaçant ces bornes. Selon le Vietnam, qui dénonce ces « actes pervers », ces bornes avaient été installées en 2006 après qu’un accord a été trouvé entre les deux gouvernements.

La version du leader de l’opposition est tout autre. Dans une lettre envoyée au roi père, et publiée sur son site internet, Sam Rainsy écrivait le 7 novembre: « Au cours d’un Kathen auquel j’ai participé le 25 octobre 2009 à la pagode Ang Romdenh située près de la frontière vietnamienne, au village de Koh Kban Kandal, Khum Samraong, Srok Chantrea, Khet Svay Rieng, j’ai rencontré des dizaines de villageois khmers qui appellent leurs dirigeants et représentants à l’aide parce qu’ils sont en train de perdre leurs rizières au profit de leurs voisins vietnamiens. Ils disent que des “équipes mixtes” (généralement six ou sept Vietnamiens pour un Cambodgien) sont venues à plusieurs reprises cette année sur leurs rizières pour prendre toutes sortes de mesures et faire toutes sortes de relevés auxquels nos villageois ne comprennent rien. Mais le résultat de ces mesures et relevés complexes aboutissent invariablement au même résultat: le déplacement des bornes frontalières vers l’intérieur du territoire cambodgien, ce qui concrètement signifie la perte de dizaines d’hectares de rizières pour les habitants du seul village de Koh Kban Kandal.

Ce processus de re-délimitation de la frontière qui manque totalement de transparence, se poursuit tous les jours et continue de faire des victimes cambodgiennes tous les jours. De nouvelles bornes en béton sont en voie d’érection. Elles sont souvent précédées de simples pieux en bois servant de repères pour délimiter préalablement ou parallèlement une “zone blanche”, sorte de no man’s land auquel les paysans khmers n’ont plus accès alors que c’était leurs rizières il y a seulement quelques mois.[…] Je comprends la colère de nos villageois quand, après m’avoir conduit jusqu’à leurs rizières encore inondées en cette saison et après avoir crié leur douleur, ils ont arraché devant mes yeux quelques pieux en bois, symboles de l’injustice, plantés au milieu de leurs terres ancestrales. […] »

Le leader de l’opposition qui se trouve actuellement en Europe avait fait savoir qu’il s’apprêtait à déposer plainte auprès d’un organisme international pour violation du territoire cambodgien sans toutefois préciser de quel organisme il s’agissait.

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La question frontalière, et notamment celle séparant Cambodge et Vietnam, est depuis longtemps l’objet de vifs débats politiques opposant le Parti du peuple cambodgien du Premier ministre Hun Sen et ses adversaires de l’opposition.

Sam Rainsy est pour la troisième fois confronté à une levée de son immunité parlementaire. Devant la rapidité du gouvernement à répliquer, les députés de l’opposition ont boycotté lundi matin l’assemblée nationale. Ils ont défilé jusqu’au lieu symbolique du monument de l’Indépendance. Selon le porte-parole de l’opposition, Sam Rainsy n’a fait que remplir sa mission en défendant l’intégrité territoriale du Cambodge : « Je pense qu’aujourd’hui, ils ne condamnent pas seulement Sam Rainsy, mais ils condamnent aussi tout le pays: les gens qui se font voler leurs terres et tous ceux qui perdent du terrain à cause des pays voisins ».

Le 22 juin dernier, deux autres députés de son parti, Mu Sochua et Ho Vann, avaient aux aussi perdu leur immunité parlementaire.

Krystel Maurice