Sam Rainsy: «La victoire, étape par étape» – Cambodge Post

Ecrit par: Krystel MAURICE

Rassemblement impressionnant de forces de police anti-émeutes le 17 août 2013 au stade Olympique de Phnom Penh.

Tandis que le pouvoir continue d’amasser des troupes autour mais aussi au centre même de Phnom Penh,  Sam Rainsy, le leader de l’opposition, de retour des États-Unis, semble avoir pour sa part, quelque peu infléchi sa stratégie à l’égard du pouvoir en place.

« Le PCC nous a volé la victoire. Nous devons préparer et engager toutes actions pour réclamer justice pour les Cambodgiens », a-t-il déclaré devant le siège du CNRP, quelques instants après son arrivée à l’aéroport de Phnom Penh. S’il n’a pas écarté totalement la possibilité d’organiser des manifestations de masse, cette option ne sera utilisée qu’en «dernier recours»,  a-t-il insisté.
« A partir de maintenant, étape par étape, nous allons organiser des évènements pour assurer notre victoire et pour sauver notre nation, car le peuple cambodgien veut le changement ».

Visiblement très détendu, il a été accueilli par des centaines de supporters en liesse qu’il est allé saluer à pied lors d’un bain de foule improvisé. Dénonçant ces « fausses élections »,  il a réaffirmé que le CPP et la NEC s’étaient entendus pour « voler 1,3 millions de voix au CNRP ». Un million d’électeurs fantômes sont aussi venus gonfler les votes du CPP, a-t-il répété en commentant les résultats provisoires communiqués lundi par la NEC.

Selon la NEC, 3,2 millions de personnes ont voté en faveur du CPP qui a remporté 19 des 24 provinces et 2,9 millions en faveur du CNRP. Ces chiffres sont quasiment identiques à ceux publiés le 28 juillet proclamant la victoire du CPP avec 68 sièges sur 123 contre 55 pour le CNRP. L’opposition continue de rejeter ces résultats, estimant avoir remporté « au moins » 63 sièges.

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L’appel au calme des États-Unis

Comment Sam Rainsy compte-t-il parvenir à convaincre le Premier ministre Hun Sen d’accepter une enquête indépendante sur les fraudes ? Celui-ci  y avait semblé favorable dans un premier temps et les négociations sur la composition de cette commission paraissaient être en bonne voie, avaient souligné les ONG cambodgiennes à l’issue de leur rencontre avec Sar Kheng, le ministre de l’intérieur, vendredi 10 août.
Mais la NEC a brutalement interrompu le processus deux jours plus tard en s’empressant de confirmer des résultats similaires à ceux donnés le soir du scrutin. Sam Rainsy se dit cependant confiant dans la reprise des discussions « car personne ne reconnaîtrait un gouvernement issu de fausses élections » a-t-il déclaré vendredi .

 La veille, Jen Psaki, le porte-parole du département d’état américain  avait en effet demandé aux deux parties de «chercher à régler leurs différends électoraux par le dialogue plutôt que par les menaces, l’intimidation, la répression ou les violences ». Elle avait réaffirmé l’inquiétude des États-Unis face aux «graves irrégularités» du scrutin, et apporté son soutien à une «enquête complète et transparente».

Quatre fois plus d’irrégularités qu’en 2008, selon la Comfrel

Le Comfrel (Comité pour les élections libres et justes au Cambodge), un organisme indépendant d’observation électoral, dressera le bilan définitif de ses observations le 21 août. Mais ses observateurs ont d’ores et déjà relevé quatre fois plus d’irrégularités durant la période électorale que lors des précédentes législatives de 2008.

Selon un communiqué publié le 15 août, les observateurs du Comfrel, présents dans seulement 5652 bureaux de votes sur un total de 19009 bureaux ont relevé 10 827 irrégularités. A titre de comparaison, ils avaient constaté 2012 irrégularités en 2008.
C’est dans la province de Kompong Cham (3148 cas) et à Phnom Penh (1822 cas) que les fraudes constatées par l’organisme ont été les plus nombreuses. De nombreuses infractions ont aussi constatées par d’autres organismes.

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Démonstration de force au Stade Olympique

Le gouvernement continue, quant à lui,  de jouer l’intimidation, accentuant encore les tensions.  Hier pour la première fois, un impressionnant dispositif de forces de polices était visible à l’intérieur de la capitale. Des centaines de policiers anti émeutes étaient regroupés au stade olympique, comme en témoigne la photo ci-dessus transmise sur Twitter.

Mercredi, plusieurs dizaines de tanks ainsi que des blindés et des conteneurs de munitions ont été livrés au port de Sihanoukville. Les responsables militaires ont refusé de fournir des précisions sur leur provenance. Jeudi, plusieurs témoins affirmaient au Cambodian Daily avoir vu vers 16h une vingtaine de ces tanks transportés sur des camions le long de N4, en direction de Phnom Penh.

Deux semaines plus tôt,  la Chine avait livré 1000 armes de poing et 50 000 balles aux forces de police cambodgiennes.

«  Le CPP est lâche, a jugé Sam Rainsy vendredi. Il a perdu les élections et maintenant il a recours aux forces armées et aux blindées pour menacer la population. Les blindés doivent rester à la frontière thaïlandaise et à la frontière vietnamienne pour empêcher ces pays de nous voler notre terre. Personne ne devrait les utiliser pour effrayer la population de Phnom Penh.»

Krystel Maurice