Pour la première fois depuis l’interdiction des manifestations, l’opposition appelle à un rassemblement dimanche à Phnom Penh

Ecrit par: Krystel MAURICE

Sam Rainsy et Khem Sokha lors de la conférence de presse du 26 mars 2014

Pour la première fois depuis près de trois mois, l’opposition organisera dimanche 30 mars après-midi un rassemblement au Parc de liberté à Phnom Penh. C’est du moins ce qu’ont annoncé Sam Rainsy et Kem Sokha, respectivement président et vice-président  du Parti du sauvetage national du Cambodge lors d’une conférence de presse hier.

« Nous rencontrerons quelques 5000  supporters afin d’entendre leurs recommandations sur le conflit politique actuel », a expliqué Sam Rainsy qui a baptisé cette rencontre « Congrès du Peuple ». Et d’ajouter aussitôt : « Ce ne sera pas une manifestation destinée à renverser le gouvernement donc que l’on n’avance pas ce prétexte pour interdire le rassemblement ».

Depuis le 4 janvier, date à laquelle les forces de l’ordre ont violemment dispersé les supporters de l’opposition qui occupaient le Parc de la liberté, le gouvernement a interdit toute manifestation dans la ville, en particulier celles du Parti du sauvetage national. La liberté de rassemblement,  pourtant garantie par la constitution, a été suspendue.

Début mars, le Premier ministre Hun Sen avait proclamé la levée de l’interdiction de rassemblement. Mais le 8 mars, un forum organisé par des syndicats du textile dans le Parc de la liberté avait été interdit et une marche organisée à l’occasion de la journée internationale des femmes avait été bloquée par les forces de l’ordre.
Les autorités avaient alors invoqué « des problèmes de sécurité publique » « Nous devons éviter que des problèmes surviennent à nouveau. Nous devons nous rassembler pour protéger notre sécurité nationale, notre stabilité, le résultat de nos élections, le gouvernement et l’assemblée nationale », avait précisé Sar Keng le ministre de l’intérieur.

Lire aussi  Depuis quelques années, le Cambodge est soumis aux pillages de ses ressources naturelles, à une déforestation massive et à des expropriations foncières à grande échelle.

Il reste donc peu probable que le rassemblement de samedi soit autorisé mais les dirigeants de l’opposition semblent décidés à passer outre.

Echec des négociations

Depuis les violences de début janvier, le Parti du sauvetage national du Cambodge s’est fait discret. Un groupe de travail  a été chargé de poursuivre les entretiens avec le parti au pouvoir mais depuis six semaines les discussions tournent en rond. La réforme de la Commission nationale électorale (NEC en anglais) reste l’une de ses priorités, l’indépendance des membres de cette commission étant mise en cause à chaque scrutin électoral. Lors de ces rencontres bilatérales, le CNRP a donc proposé que la NEC soit remplacée  par un organe constitutionnel dont les

deux tiers des membres seraient élus par le parlement.

Mais le PPC continue de faire la sourde oreille et, de guère lasse, les négociateurs de l’opposition ont jeté

l’éponge lundi, réclamant des entretiens au plus haut niveau entre les deux partis.

De retour d’une tournée en Australie, aux Etats-Unis et en Nouvelle Zélande,  Sam Rainsy a enfoncé le clou hier. « Puisque le PPC refuse, qu’ils nous disent ce qu’ils proposent, eux, pour garantir l’indépendance de la NEC ».

Confronté à un pouvoir visiblement décidé à ne rien céder, et après des semaines de discussion sans résultat,  le CNRP tente donc d’accentuer la pression en regonflant ses troupes. Mais la grande inconnue reste la réaction des autorités.

Krystel Maurice