Meurtres de syndicalistes: le gouvernement rouvre les enquêtes

Ecrit par: Krystel MAURICE

De gauche à droite, Chea Vichea, Ros Sovannareth et Hy Vuthy, assassinés entre 2004 et 2007

Le gouvernement cambodgien a constitué une commission interministérielle pour enquêter sur les meurtres de trois syndicalistes commis entre 2004 et 2007 et dont les assassins n’ont jamais été retrouvés. Chea Vichea, Ros Sovannareth et Hy Vuthy, tous trois dirigeants du Syndicat indépendant des travailleurs du royaume du Cambodge (SIORC), ont été tués dans des circonstances quasi similaires.

Membre de l’opposition jusqu’en 1998, Chea Vichea avait pris la tête de ce syndicat en 1999 pour organiser la défense des travailleurs du textile dans un secteur en plein essor. Il a été abattu en plein jour le 22 janvier 2004 par deux hommes à moto. Six jours plus tard, deux boucs-émissaires, Born Samnang, 23 ans et Sok Sam Oeun, 36 ans étaient arrêtés. Les deux hommes crieront leur innocence durant cinq ans avant d’être finalement relaxés pour manque de preuve.

Cinq mois plus tard, en mai 2004 sur le boulevard Kampuchea Krom, deux hommes à moto font feu sur Ros Sovannareth, responsable syndical du SIORC à l’usine textile Trinunggal Komara. Thach Saveth est condamné l’année suivant à 15 ans de prison pour ce meurtre. Il bénéficiera d’une libération conditionnelle 7 ans plus tard, en mars 2011, également pour manque de preuve.

Même scénario pour Hy Vuthy, abattu le 24 février 2007 par deux hommes à moto alors qu’il venait de quitter son travail de nuit à l’usine Suntex dans la banlieue de Phnom Penh. Cinq ans plus tard, en mars 2012, deux de ses anciens collègues, Chan Sophon et Phal Vannak sont condamnées in absentia à 18 ans de prison pour meurtre aggravé sur la personne du syndicaliste. Arrêtés en 2013, Sophon est également acquitté en février 2014. Quant à Phal Vannal, il purge toujours sa peine en prison.

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Les associations de défense des droits de l’homme, tout comme l’Organisation internationale du travail réclament depuis des années la réouverture des enquêtes et dénoncent l’absence de clarté de ces affaires qui encourage l’impunité dans le pays.
Mais c’est avec scepticisme qu’elles ont cependant accueilli l’annonce de de cette commission. « Espérons qu’il il y a une vraie volonté politique de trouver les meurtriers et que cette annonce ne relève pas de la démagogie car les familles réclament justice depuis si longtemps », commente Am Sam Ath de la Licadho.

John Coughlan, chercheur à Amnesty International, rappelle la création d’une commission similaire censée enquêter sur les tirs des policiers contre les ouvriers du textile en 2013. La fusillade avait provoqué la mort de cinq manifestants et l’enquête n’a toujours pas été rendue publique.

Moeun Tola, du Centre communautaire pour l’éducation légale, voit dans cette annonce une manœuvre préventive visant à désamorcer les tensions avec l’Organisation internationale du travail alors que les négociations sur la fixation du salaire minimum dans le textile doivent débuter fin juillet.

«  Je ne crois pas en cette commission si les ONG et les familles n’y sont pas associées, lance quant à lui Chea Mony, le frère du syndicaliste assassiné qui préside maintenant le Siorc. Si c’est le cas, cela veut dire que c’est juste un prétexte pour échapper à la pression internationale suite aux accusations des familles ».

Krystel Maurice

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