L’urne sacrée de Oudong retrouvée

Ecrit par: Krystel MAURICE

Site internet de la police nationale cambodgienne

Les autorités cambodgiennes ont retrouvé l’urne de Oudong contenant  les cendres de Bouddha dans une maison du district de Traing, dans la province de Takeo, annonçait hier soir  la police nationale sur son site internet.

Cette urne avait été offerte en 1957 par le Sri Lanka au roi-père Norodom Sihanouk. Elle avait été transportée sur la colline d’Oudong en 2002 lors d’une cérémonie grandiose à laquelle assistaient des milliers de fidèles.

Cette relique sacrée, ainsi que d’autres trésors royaux, avaient mystérieusement disparu à la mi-décembre. Depuis, le gouvernement est resté muet et la police s’est montrée très discrète sur l’affaire. Cinq  personnes, dont plusieurs gardiens du site, le chef de la sécurité et un villageois, ont été inculpées de vols aggravés.

Sur le site de la police nationale, aucun détail n’est fourni, à l’exception de quelques photos montrant des policiers et un haut dirigeant de la hiérarchie bouddhiste autour de la relique sacrée.

Mais l’information a été confirmée ce matin  par Eav Chamroeun, le chef de la police de la province. Celui-ci a expliqué qu’en plus de l’urne sacrée, une statue en or ainsi que la moitié d’une autre avaient également été récupérées.

Deux suspects ont été arrêtés hier après-midi, a-t-il annoncé, un homme âgé de 24 ans Keo Reaksmey et une femme de 39 ans, Siek Sareth, habitant la commune de Khvav

Selon le chef de la police, cet homme aurait fondu dix statues volées à Oudong dont il aurait ensuite revendu l’or au marché, ajoutant que du matériel ayant  servi à  l’opération avait été saisi. « Il a, d’un jour à l’autre construit trois maisons de bois et roule maintenant avec une voiture flambant neuve. Personne dans le village ne peut croire qu’il était si riche ». L’homme aurait, toujours selon le chef de la police, un passé criminel et avait l’habitude de se rendre chaque jour au pied de la colline de Oudong pour y accompagner sa grand-mère qui y mendiait.

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Kirth Chantharith, le porte-parole de la police nationale a confirmé ces arrestations sans faire d’autres commentaires.

« Doutes et interrogations »

La police affirme que les autorités religieuses ont authentifié l’urne mais déjà des voix s’élèvent  pour réclamer une enquête en profondeur.
Son Soubert, l’un des  conseillers du roi Norodom Sihamoni  déclare ainsi au Phnom Penh Post : «Les hautes autorités religieuses devraient vérifier s’il s’agit bien de la relique sacrée. Je suppose qu’ils doivent le savoir ainsi que la reine mère ». Il réclame une enquête approfondie afin de savoir quel est le commanditaire de cette opération et fait part de ses doutes sur cette version des faits «  Il y a beaucoup de questions, de doutes. C’est bizarre que toutes ces reliques se retrouvent chez un homme pauvre ».

Cette disparition avait déclenché la colère de centaines de moines à l’égard de leur hiérarchie et du gouvernement qu’ils accusaient d’avoir fait preuve de légèreté et d’inertie dans cette affaire.
Parmi eux But Buntenh, à la tête du Réseau des moines indépendants pour une justice sociale,  qui avait organisé une marche dans les rues de Phnom Penh au plus fort des manifestations de l’opposition. « Pour l’heure je n’y crois pas. Mais si c’est la réalité qu’il laisse venir le public pour en vérifier l’authenticité. ». Il réclame, lui aussi, une enquête et souhaite que d’autres moines et d’autres ministères soient consultés pour vérifier l’authenticité de la relique.

Krystel Maurice