Élevage de crocodiles: la qualité n’est pas au rendez-vous

Ecrit par: Krystel MAURICE

Élevage de crocodiles à Siem Rep . Photo Krystel Maurice

Au Cambodge, le mois de mai est un drôle de mois. La chaleur étouffe le pays et le seul endroit où il fait bon se rendre, c’est dans son hamac. Dans cette léthargie ambiante, seules les fermes d’élevages de crocodiles sont en effervescence. Comme chaque année à cette époque, les jeunes crocodiles âgés de quelques semaines s’apprêtent à quitter le Cambodge pour les pays limitrophes.

Avec quelque 800 fermes d’élevage recensées en 2010, l’activité se porte bien. De mieux en mieux même, puisque, selon les statistiques du département de la pêche, seules 600 fermes étaient comptabilisées en 2009. Une très grande majorité d’entre elles sont situées dans le pourtour du lac Tonle Sap, dans les provinces de Siem Reap, Battambang, Kampong Chhnang et Kampong Thom. Seule la province de Kandal, non loin  de Phnom Penh, fait exception à la règle. Cette concentration géographique s’explique par l’extraordinaire abondance de poissons dans les eaux de ce lac. Les éleveurs sont assurés d’y trouver suffisamment de nourriture pour les reptiles et la proximité des lieux de pèche allègent les coûts de transports.

Les crocodiles sont nourris avec les poissons du Tonle Sap. Photo Krystel Maurice

Cette activité qui a connu des fortunes diverses au cours des dernières années est aujourd’hui dopée par une remontée des prix sur le marché  international. Un jeune crocodile se négociait ainsi 30 $ en 2010 contre 14 $ en 2009 et 12$ en 2008, au plus fort de la crise. Si l’on est encore loin des prix pratiqués au début des années 2000 – le jeune crocodile se vendait alors 40$ – l’embellie actuelle a fait exploser la production. En 2010, 283 000 crocodiles sont nés au Cambodge contre 185 000 un an plus tôt, soit une hausse de plus de 50%.

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Chaque année au mois de mai, les jeunes reptiles quittent le Cambodge pour être  vendus dans les pays voisins, principalement au Vietnam mais aussi en Thaïlande et en Chine. Engraissés sur place, ils sont ensuite vendus pour leur viande.

Au Cambodge même, la consommation reste faible en raison des prix trop élevés. Si sa viande est très appréciée, ce met de choix n’est donc servi que pour les grandes occasions. Ses œufs, d’une taille légèrement inférieure aux œufs d’oies, sont également préparés en omelette.

Oeufs de crocodiles. Photo Krystel Maurice

Le commerce des peaux, sinon rien

Mais dans le monde entier, le crocodile est avant tout recherché pour sa peau. Ce commerce est de loin le plus rentable et la Thaïlande l’a bien compris. Là, les fermes d’élevage ont acquis une réputation internationale et la haute couture y sélectionne ses plus belles pièces.

Depuis 1997, le Cambodge encourage les éleveurs à suivre cette voie. Mais tous les efforts entrepris jusqu’ici ont été vains.  Car pour obtenir de belles peaux, les fermes doivent être dotées d’enclos individuels afin d’éviter que les reptiles ne se blessent en se battant. Des aménagements qui se chiffrent en millions de dollars et que les éleveurs sont dans l’impossibilité de réaliser.

Faute d’être dans des enclos individuels, les crocodiles se battent et se blessent. Photo Krystel Maurice

Un crocodile blessé lors d’un combat avec ses congénères. Photo Krystel Maurice

L’administration des Pêches affirme se démener depuis des mois pour attirer les compagnies étrangères désireuses d’investir ici. Plusieurs sociétés australiennes et singapouriennes auraient ainsi été contactées, sans résultat pour l’instant. Une peau de crocodile se vend 200$ sur le marché international et les revenus générés par une ou deux grosses fermes modèles pourraient  rapporter quelque 30 millions de dollars par années, affirment les autorités.

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En attendant d’avoir trouvé la perle rare à l’étranger, l’administration refuse d’apporter un quelconque soutien aux éleveurs cambodgiens qui exportent les jeunes crocodiles. Le commerce des peaux sinon rien, tel est le slogan d’une administration qui, comme toujours au Cambodge, rêve d’une montagne de dollars qui tomberait du ciel.

Il faut savoir s’imposer lorsque l’on manque de place!
Photo Krystel Maurice

Krystel Maurice