Déforestation au Cambodge: le combat d’un écologiste récompensé par un prix international

Ecrit par: Krystel MAURICE

Depuis des années Leng Ouch tente de lutter contre le pillage des forêts cambodgiennes. Photo Goldman Environmental Prize

L’avocat cambodgien Leng Ouch qui combat sans relâche la déforestation du Cambodge a reçu ce lundi le prestigieux prix Goldman pour l’environnement. Ce prix international est décerné chaque année à six militants de terrain qui se sont illustrés dans le monde pour leurs actions en faveur de l’écologie. Ce prix est assorti d’une dotation de 175 000 dollars pour chaque lauréat afin de lui permettre de poursuivre son combat.

Leng Ouch est un défenseur des droits de l’homme et un amoureux des forêts dans lesquelles il a grandi. Fondateur du Cambodia Human Rights Task Forces (CHRTF), il se bat depuis 20 ans pour empêcher la déforestation du Cambodge, dont la progression est désormais la plus rapide au monde.

Mais pour attirer l’attention de la communauté internationale, il lui a fallu rassembler des preuves. Ici, il s’est fait passer pour un marchand de bois, là pour un chauffeur, là encore pour un journalier… Mois après mois, année après année, il a guetté, photographié, enregistré ce qui se passait dans ces forêts. Avant de commencer à révéler au grand jour comment les concessions économiques attribuées à des entreprises privées  dissimulaient de gigantesques trafics de bois précieux, des pillages organisés avec la complicité des militaires, de la police et des représentants du gouvernement à tous les échelons du pouvoir.

Ouch Leng dit avoir été menacé à de nombreuses reprises et se sait en danger. Son ami Chut Wutthy qui se battait lui aussi contre la déforestation a été tué en 2012 dans une forêt des Cardamomes alors qu’il accompagnait deux journalistes. En novembre 2015, deux rangers nationaux ont également été tués alors qu’ils patrouillaient dans la province de Preah Vihear. Et le 27 mars 2016, une autre de ses amies, l’écologiste Phon Sopheak, a été attaquée à la hache en pleine nuit dans la forêt de Prey Lang, située dans la province de Kratie. Cette jeune femme avait reçu en 2015 un prix décerné par l’ONU pour le combat mené avec des volontaires de la communauté de Prey Lang pour préserver cette forêt de l’exploitation illégale et du braconnage.

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« Ils savent qui je suis mais je n’ai pas peur. Même si je sais que ma vie est en danger et que ma famille court un risque. Même si je suis arrêté, je continuerai d’essayer de sauver la forêt car je pense que peu de gens peuvent faire ce travail », explique Ouch Leng, conscient que l’attribution de ce prix le place encore davantage sous les feux des projecteurs.

Krystel Maurice