Cambodge: Phnom Bok, la solitude au-dessus de la plaine

Ecrit par: Krystel MAURICE

Phnom Bok est le troisième temple montagne construit sous le règne de Yaçovarman Ier. Consacré en 907, le souverain déplace sa capitale depuis Rolûos. Le temple de Phnom Bakheng qui fait actuellement l’objet d’une rénovation de grande ampleur en est le centre.

Dans les années qui suivent, deux autres temples montagnes sont érigés: le temple de Phnom Krom à  12 km au sud-ouest de Siem Reap et celui de Phnom Bok, à 25 km au nord-est.
Ces trois temples sont dédiés à la sainte « trimûrti », Çiva, Vishnou et Brahmâ. La date exacte de leur construction n’est  pas connue, aucune inscription n’ayant été retrouvée. Mais Phnom Bok présente tant de similitudes avec Phnom Krom qu’il est établi qu’ils ont été édifiés à la même époque, tout au plus à quelques années d’intervalles.

Situé sur une colline haute de 235m, Phnom Bok, qui signifie le sommet de la bosse du bœuf, est le plus élevé d’entre eux. Visitez-le très tôt le matin, si vous voulez éviter de défaillir. 635 marches à grimper, c’est bien suffisant pour les mollets sans y ajouter en plus une chaleur de plomb !

Au sommet, la récompense: pas de touristes, le calme absolu au milieu des chants d’oiseaux, et une vue splendide sur toute la plaine.

Les trois tours-sanctuaires de grès, d’importance égale, ont perdu  leurs étages supérieurs mais présentent encore de beaux décors muraux qui encadrent des dévâtas. Alignées Nord-Sud, elles sont-fait inhabituel- ouvertes à la fois à l’Est et à l’Ouest, avec de fausses portes sur chacun des côtés. Une orientation que l’on retrouve cependant à Phnom Krom.

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Quatre bibliothèques, deux en grès et deux en briques, occupaient toute la largeur de la face Est. Seules subsistent aujourd’hui les constructions de grès, proches de la voie d’accès.

A l’Ouest, une haute terrasse en latérite formant un trou carré d’une dizaine de mètres de côté, supportait  un énorme linga de 4m de haut et de 1,2m de circonférence. D’un poids de plus de dix tonnes, le monolithe aujourd’hui brisé, git à proximité. Comment a-t-il  pu être hissé jusqu’ici ? Que sait-on de la souffrance de ces milliers d’hommes qui ont érigé ces splendeurs ?

Durant la guerre civile et jusqu’à la fin des années 90, les hauteurs de Phnom Bok, tout comme celles de la colline de Phnom Krom, étaient occupées par les militaires. « L’histoire se répète. Déjà, sous le règne des rois d’Angkor, les batailles successives et les temples que chaque nouveau roi érige épuise le peuple Khmer »,  écrivait Bernard Philippe Groslier, conservateur des monuments d’Angkor de 1960 à 1973.

Jusqu’il y un peu encore, un homme était chargé d’entretenir cette batterie anti-aérienne de fabrication chinoise, « en bon état de marche », et qui, permettait, disait-il, de prévenir toute attaque en provenance de Thaïlande ou du Vietnam. « Mon travail c’est de l’astiquer, de le graisser. Je le fais une fois par semaine ». Le militaire vivait seul ici, isolé du monde depuis presque dix ans. Son fils grandissait sans lui dans un village éloigné de plusieurs centaines de kilomètres. Un salaire de 25 dollars par mois pour se confronter, par tous les temps, et dans le dénuement d’un campement de fortune, à ce « Désert des Tartares ». Taiseux, il n’attendait rien, ne demandait rien. Il avait fait infuser quelques écorces qui séchaient sur une dalle. « Tenez, c’est bon pour mes douleurs d’estomac. Ce sera bon pour vous aussi ».
Nous étions restés là longtemps, dans le silence du matin. De temps à autre, il levait la tête pour me montrer un oiseau qui fendait le ciel. J’ai oublié le nom des écorces. Pas cette solitude qui le broyait.

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Texte et photos Krystel Maurice