Cambodge: le tressage des nattes, un artisanat bien vivant

Ecrit par: Krystel MAURICE

« Je me souviens quand j’étais gosse et que mon père voulait m’emmener couper les feuilles, j’allais me cacher pour y échapper. C’est dur, on s’arrache les mains et ça pique. Et c’est tellement long à ramasser ! On les ficelait pour les ramener à la maison sur nos vélos. Après il fallait aider à les préparer pour les tisser».

Les feuilles dont il parle sont celle d’un arbuste appelé pandanus. Il en existe des centaines d’espèces différentes sous les tropiques. Certaines variétés donnent des fruits qui peuvent être consommés, comme en Polynésie ou dans les iles océaniennes, d’autres pas. Selon les variétés, leurs feuilles sont utilisées en vannerie ou pour parfumer la cuisine, pour réaliser des parures ou encore des cosmétiques…

Au Cambodge, les feuilles servent à confectionner des nattes. Tressées en famille, elles sont destinées à un usage domestique. On s’en sert pour s’abriter du soleil, pour préserver l’intimité d’une maison ou pour couvrir le dessous d’une toiture. Leur fabrication requiert une infinie patience et une bonne dose de dextérité. Elles sont de moins en moins vendues à des grossistes qui les achètent à un prix dérisoire et qui leur préfèrent désormais des nattes plastifiées en provenance de Chine.
Nous sommes partis à la rencontre de quelques-unes de ces familles, à une cinquantaine de kilomètres de Siem Reap.

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C’est au bord de l’eau que l’on trouve les pandanus. Les arbustes de pandanus poussent naturellement le long des canaux, comme ici, ou peuvent être replantés en les bouturant.
L’arbuste présente de longues feuilles épineuses et résistantes. Les feuilles les plus anciennes sont coupées au couteau. Chaque feuille est ensuite placée sur un petit appareil de bois sur lequel ont été fixées trois lames coupantes comme des rasoirs.
Il suffit de tirer sur la feuille pour la partager en deux dans le sens de la longueur. Les feuilles sont ensuite enroulées autour de la main et ligaturées en petits rouleaux pour être séchées au soleil.
L’étape suivant consiste à immerger ces rouleaux de feuilles plusieurs jours pour dans l’eau pour les débarrasser des insectes. Une odeur nauséabonde s’en dégage alors. Une fois sorties de l’eau, les feuilles ont perdu cette odeur désagréable et sont séchées à nouveau plusieurs jours au soleil.
Vient alors le moment de tresser les feuilles. On choisira les plus belles qui seront longuement lissées à la main pour les redresser et les aplatir. La feuille est glissée sous le pied pour la maintenir. Chaussettes recommandées !
Pour les novices le tissage est un sacré casse-tête. La natte présente des dégradés de tons à l’infini. Placée à l’abri de l’humidité, elle résistera durant une bonne vingtaine d’année.

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Texte et photos Krystel Maurice