Cambodge: le premier tuk-tuk accessible en fauteuil roulant – Cambodge Post

Ecrit par: Krystel MAURICE

Cheveux châtains encadrant un visage éternellement souriant, Megan Smith croque la vie à pleines dents depuis qu’elle est arrivée au Cambodge il y a quelques mois. A 27 ans, ce petit bout de femme parcourt le monde depuis plus d’une dizaine d’années. Parlez-lui de n’importe quel pays, elle vous dira qu’elle le connaît, ou qu’elle voudrait prochainement s’y rendre. Avec humour, elle se moque de son accent américain contracté par le biais de son orthophoniste texan.

Atteinte depuis l’âge de quatre ans d’une Infirmité motrice cérébrale (IMC)- une invalidité provoquée par des lésions du cerveau survenant généralement durant la grossesse de la mère ou durant la petite enfance- elle est actuellement consultante bénévole pour le handicap à Unicef Cambodge.

«  Je veux aider à faire avancer la réflexion et la prise en compte du handicap dans la société ». En Afghanistan, où elle a séjourné plusieurs mois, elle travaillait auprès des victimes de mines. « Rendre un lieu accessible, c’est plus facile que ce que l’on croit. Ce sont souvent des choses simples auxquelles personne ne pense ».

Megan Smith et Ian Jones en compagnie du chauffeur Mao Vanny.

« Ici, dans cet hôtel de Phnom Penh, grâce à Ian, mon séjour est formidable. » Autour de la table, Ian Jones, un touche-à-tout à la carrure de rugbyman, éclate de rire. Il dirige à Phnom Penh une entreprise sociale, Agile Development group, dans laquelle il vient de réaliser un prototype du premier tuk-tuk accessible aux handicapés en fauteuil roulant.

« Grâce à la collaboration de plusieurs amis ingénieurs et l’aide précieuse de Megan, nous avons conçu ce tuk-tuk de manière très simple: une rampe rabattable qui fait office de porte arrière, dotée de bandes transversales pour éviter de glisser. A l’intérieur, le fauteuil est bloqué par un petit dispositif de bois et est également arrimé par une ceinture», explique cet Australien.

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Ce prototype, baptisé Mobili-Tuk, peut d’ores et déjà être loué à Phnom Penh. « Maintenant, il va nous falloir le tester sur un plus long terme et sensibiliser les associations. Il nous faudra aussi collecter des fonds si nous décidons de le modéliser et de le développer à plus grande échelle. Mais on peut aller vite si on s’y met tous !».

Au Cambodge, l’aide aux personnes à mobilité réduite est quasi inexistante. «  Grâce à ce tuk-tuk, je suis indépendante et je peux aller travailler sans l’aide de personne, renchérit Megan. Nous, les femmes handicapées qui vivons ou voyageons dans le monde, nous nous heurtons aussi souvent aux traditions. Aux États-Unis par exemple, si je demande de l’aide, les hommes ne rechigneront pas pour m’aider. Mais ici et dans beaucoup d’autres pays, les hommes n’oseront jamais me porter sur leur dos ou me prendre dans leurs bras pour me soulever. »

Ian avait déjà considérablement facilité sa vie à Phnom Penh. « Les gens valides ne connaissent pas nos difficultés. En ce qui me concerne, je ne peux pas me mettre au lit sans aide, car les lits sont souvent trop hauts. Ici, tout est à ma portée et je peux tout faire par moi-même ».

La jeune femme séjourne en effet dans l’hôtel que gère cet entrepreneur avenant et dont l’une des chambres est entièrement accessible aux personnes en fauteuil roulant. Un aménagement qu’il a réalisé après avoir rencontré la sœur de l’un de ses partenaires, elle-même handicapée. « En matière de développement durable, il y a des solutions simples et peu coûteuses à mettre en œuvre pour autant que nous sachions écouter les communautés locales et rassembler nos énergies et nos compétences. Je suis profondément convaincu de cela », ajoute-t-il.

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En mars, Megan s’envolera vers l’Australie pour décrocher une maitrise d’études sur la paix et la résolution des conflits, une spécialisation largement développée dans les pays anglo-saxons. D’ici là, elle ira visiter les temples d’Angkor. « Je voudrais tellement que ce prototype de tuk-tuk devienne le lot commun de tous ceux qui vivent en fauteuil roulant, les Cambodgiens comme les touristes qui visitent le pays. »

Krystel Maurice

Pour louer ce tuk-tuk à Phnom Penh, appeler le 087 78 22 00 ou le 099 78 22 00.