Cambodge: A Prek Toal, le grand retour des oiseaux d’eau – Cambodge Post

Ecrit par: Krystel MAURICE

Pélicans à bec tacheté dans leur nid à Preak Toal. Photo Sun Visal/ WCS

A l’ouest du lac Tonle Sap, des milliers d’oiseaux d’eau sont de retour. C’est ici, dans cette immense réserve de Prek Toal, une zone humide de 21 000 hectares, qu’ils viennent se reproduire de novembre à mars. Près de la moitié sont des migrateurs venus des steppes chinoises, de Sibérie et de Mongolie.

La réserve est avant tout le refuge des grandes espèces qui ont presque totalement disparu de Thaïlande, du Vietnam et du Laos. C’est le cas du Tantale blanc et du Pélican à bec tacheté dont Prek Toal constitue l’unique site de reproduction en Asie du Sud-Est. C’est aussi le plus grand site de reproduction de la région pour six autres espèces globalement menacées ou quasi-menacées: l’Anhinga roux, le Marabout chevelu, le Marabout argala, l’Ibis à tête noire, le Tantale indien et le Pygargue à tête grise.

La richesse exceptionnelle de cet écosystème a d’ailleurs incité le gouvernement cambodgien à inscrire Prek Toal sur la liste des sites Ramsar en octobre 2015, seize ans après avoir signé la convention internationale du même nom. De par cette convention, les états signataires s’engagent à préserver les zones humides d’importance internationale.

« En 2014, nous avons dénombré plus de 400 couples de Marabout chevelus, un record », souligne l’association Wildlife Conservation Society (WCS) dans le rapport qu’elle vient de publier. A titre de comparaison, cette association qui travaille en étroite collaboration avec le ministère cambodgien de l’environnement, n’avait comptabilisé que 168 nids en 2004.

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Déclin significatif en 2012

Mais ce secteur reste particulièrement sensible à la pression humaine. Ainsi en 2012, l’annulation par le gouvernement des concessions de pêche industrielle a eu des effets pervers sur les oiseaux aquatiques de la réserve, souligne WCS dans son rapport. Détenu par de riches propriétaires, ces concessions étaient jusque-là interdites aux communautés vivant sur le lac. L’annulation d’un lot, dont l’étendue englobait entièrement la réserve, a immédiatement entrainé une recrudescence du braconnage, perturbant aussi la nidification des oiseaux. L’année suivante, de nombreux couples avaient déserté Prek Toal, un recul significatif constaté pour quasiment toutes les espèces.

En 2014, une surveillance accrue des accès à la réserve a cependant permis de retrouver la fréquentation d’avant 2012, voire davantage.

De toutes les espèces venues s’accoupler à Preak Toal, le Bec-ouvert indien est celle dont la population a le plus augmenté. Tandis qu’en 2004, WCS avait répertorié 688 nids, elle en a dénombré 14 666 en 2014. L‘Anhinga roux, parfois appelé Oiseau-serpent, est également en très forte augmentation, 6 117 nids en 2014 contre 1125 en 2004, bien que l’année 2013 ait été plus favorable avec 7 099 nids.

Une colonie de Marabouts argalas et de Tantales indiens à la recherche de nourriture à Preak Toal. Photo Sun Visal/WCS

Le Marabout argala, l’un des plus impressionnants échassiers de la réserve, se repère facilement en raison de sa taille:1,5 m de haut et 2,5 m d’envergure. Cette espèce en danger ne comprend plus qu’un petit millier d’individus dans le monde. Il ne se reproduit plus que dans deux endroits, en Asam, au nord de l’Inde, et à Preak Toal. En 2014, la colonie se montait à 150 couples.

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En dépit de ces résultats très encourageants, la pêche illégale dans le secteur se poursuit, souligne cependant WCS. Durant la saison des pluies, d’août à novembre, les accès à la réserve sont beaucoup plus nombreux du fait de la montée des eaux. « Il devient alors extrêmement difficile d’empêcher les intrusions, malgré les mesures de protection mises en place, la multiplication des patrouilles de bateaux et l’achat de bateaux plus rapides. A terme, les oiseaux d’eau qui nidifient à cette période seront certainement les plus affectés. »

Krystel Maurice