A quand le retrait des troupes de Preah Vihear?

Ecrit par: Krystel MAURICE

Soldats cambodgiens en faction dans le temple de Preah Vihear ©Krystel Maurice

Quatre jours après l’arrêt de la Cour internationale de justice de la Haye ordonnant le retrait « immédiat »des troupes cambodgiennes et thaïlandaises de Preah Vihear et l’instauration d’une zone démilitarisée autour du temple, les deux pays ne semblent guère enclin à s’exécuter.

Renvoyées dos à dos, les deux parties qui s’affrontent régulièrement depuis le classement du temple au patrimoine de  mondial de l’Humanité en 2008, ont dans un premier temps semblé admettre la décision de la Cour.

Coté cambodgien, le gouvernement qui avait porté l’affaire devant la juridiction onusienne, se félicitait de cette « victoire éclatante », tandis que le ministre thaïlandais des affaires étrangères Kasit Piromya se disait « satisfait ».

En réalité, la pilule semble avoir  du mal à passer des deux côtés. Si le temple appartient bien au Cambodge, comme l’a rappelé la Cour, Phnom Penh n’en doit pas moins évacuer ses troupes qui l’occupent depuis trois ans. Le gouvernement, qui a largement exploité cette situation à son profit, se trouve d’un coup privé de ce filon d’or qui lui a tant servi sur la scène politique.

La Thaïlande, elle, se voit assez brutalement priée d’aller s’occuper de ses propres affaires. Contrairement a ce que Bangkok prétendait, la Cour a affirmé sa compétence pour se prononcer sur la requête en interprétation du Cambodge et par là même, pour indiquer des mesures conservatoires dans l’attente  d’un  jugement sur le fond. Bangkok devra donc, non seulement retirer ses troupes de la zone démilitarisée mais aussi « ne pas faire obstacle au libre  accès  du  Cambodge au temple » « ni à la possibilité pour celui-ci d’y ravitailler son personnel non militaire ».

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En place encore pour quelques semaines, le Premier ministre thaïlandais Abhisit Vejjajiva, qui vient de perdre les élections législatives, est revenu mardi à la charge, comme il le fait depuis des mois. « Il n’y aura pas de retrait militaires sans discussions bilatérales ». Avant de préciser que le futur gouvernement devra s’en charger.

Le lendemain, c’était au tour du gouvernement cambodgien de poser ses conditions pour un retrait. Les troupes cambodgiennes ne se retireront que lorsque les observateurs indonésiens missionnés par l’ASEAN seront sur place, expliquait Hor Namhong, le ministre  cambodgien des affaires étrangères.

La réponse de Bangkok ne s’est pas faite attendre. Nous ne laisserons pas ces observateurs pénétrer dans la zone tant que les troupes cambodgiennes n’auront pas plié bagage, lui a rétorqué jeudi le Premier ministre Abhisit. Pour compléter le tableau, les Chemises jaunes, qui ont fait de Preah Vihear leur cheval de bataille, continuent de donner de la voix en rejetant vigoureusement le jugement de la Cour de la Justice.

Et quelle sera la position de l’armée thaïlandaise face au prochain gouvernement ?  Novice en politique, Yingluk Shinawatra, sœur cadette de Thaksin et probable future Premier ministre, devra en tout cas œuvrer habilement dans ce dossier sensible. Les responsables de l’armée ont prouvé, par le passé, que le nom qu’elle porte n’est pas de ceux qu’ils chérissent.

Krystel Maurice