A Phnom Penh, onze militants des droits de l’homme arrêtes puis relâchés

Ecrit par: Krystel MAURICE

Onze militants des droits de l’homme ont été arrêtes à Phnom Penh par les vigiles de la municipalité avant d’être relâchés quelques heures plus tard alors qu’ils venaient de remettre une pétition à l’ambassade des États-Unis.

Dans cette pétition, signée par près de deux cents organisations locales et régionales, les signataires réclament la libération des 23 personnes arrêtées lors des manifestations du 2 et 3 janvier. Au moins quatre personnes y ont été tuées par balles et des dizaines d’autres blessés.

Les manifestants avaient prévus durant trois jours de délivrer cette pétition auprès de 19 ambassades, en dépit de l’interdiction, en vigueur depuis le 4 janvier, d’organiser des manifestations et des rassemblements dans la capitale.

Les signataires de cette pétition avaient également publié un communiqué dans lequel ils condamnaient « le recours excessif à la force, les arrestations arbitraires, les meurtres et les traitements inhumains infligés par les autorités cambodgiennes » et en appelaient à la communauté internationale.

A cette initiative, Long Dimanche, le porte-parole de la mairie avait rétorqué que les protestataires n’ayant aucune autorisation de défiler, ils se trouveraient en infraction avec la loi.

A 8h30, alors qu’un petit groupe de manifestants venaient d’arriver devant l’ambassade américaine, des gardes municipaux, ces hommes casqués que l’on voit opérer depuis plusieurs semaines dans les rues de la capitale, ont rapidement cerné le groupe.

Quelques minutes plus tard, ils se sont rués sur Tep Vanny, l’une des porte-paroles des expulsés de Boeng Kak, la saisissant très violemment par la gorge pour la pousser dans un van. Puis ce fut le tour du syndicaliste Rong Chhun, président de l’Association cambodgienne des professeurs indépendants et de Yorm Bopha, également porte-parole des expulsés de la communauté Boeng Kak. Au total 11 personnes ont été arrêtées, dont plusieurs le long du boulevard Monivong, à proximité de l’hôpital Calmette.

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« Les autorités ne respectent pas la loi »

Relâchés quelques heures plus tard, ils tous ont été contraints de signer un document dans lequel ils s’engageaient à ne pas appeler à des manifestations «illégales», une condition qui figurait déjà dans le document qu’avait dû signer hier Sok Chhun Oeung,   le vice-président de l’Association indépendante  pour la démocratie de l’économie informelle (IDEA), lui aussi arrêté dimanche (lire ici).

« Pa Socheatvong, le gouverneur de Phnom Penh, ne respecte pas la loi. Il nous fait arrêter par des gardes qui n’ont aucun pouvoir judiciaire et qui n’ont aucun mandat d’arrestation. C’est illégal. Les autorités ne respectent pas la loi. Comment pouvons-nous croire qu’ils sont en train d’appliquer la loi correctement ?”

Ou Virak , Président du Centre cambodgien pour les droits de l’homme, se dit inquiet de la tournure des évènements. Les libertés sont garanties par la constitution et leur suspension ne peut intervenir que lorsque l’état d’urgence est décrété, explique t-il en substance. Ces civils sans aucune formation  sont en train de prendre le contrôle des rues de la ville. «  Ils ont du apprendre cela en Chine ou du Vietnam. Ils louent des « gros bras ». C’est très facile de louer les services de voyous ».

Krystel Maurice

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