En continu

Le massacre des forêts cambodgiennes

Parcs nationaux et réserves déclassées

Sur le terrain, les empiètements sont légion. Les tronçonneuses et les bulldozers pénètrent désormais au cœur des réserves naturelles, des camions chargés jusqu’à la gueule de bois précieux franchissent sans difficulté les frontières du Vietnam et de Thaïlande. Les profits des compagnies sont énormes: le m3 de palissandre se négocie de 3000 à 5000 dollars dans les pays voisins, de 8000 à 12 000 dollars en Chine  où ce bois est très recherché par les fabricants de meubles de prestige.

Depuis quelques années des milliers d’hectares de parcs classés ont ainsi disparu. C’est notamment le cas de deux parcs nationaux que le gouvernement a vaillamment entaillé au profit de sociétés privées.

Botum-Sakor

Botum Sakor

Situé sur un promontoire qui surplombe la mer de Chine du Sud, le parc côtier de Botum Sakor, à la pointe sud de Koh Kong, est bordé d’interminables plages de sable blanc. Ce territoire sauvage parsemé de mangroves que beaucoup rêvaient de voir s’ouvrir à l’éco-tourisme à été concédé pour partie à l’un des hommes d’affaires les plus riches du Cambodge, Ly Yong Phat, également  sénateur du Parti du peuple cambodgien. Déjà détenteur de plusieurs concessions dans le pays au travers d’une nébuleuse de sociétés aux activités diverses, il bénéficie aujourd’hui de deux concessions dans ce parc, l’une de 9400 hectares signée par le Premier ministre en 2006, l’autre, attribuée en 2010, d’une superficie de 10 000 hectares dont 4000 ha à l’intérieur du parc.

Le parc national de Ream, dans la province de Sihanoukville, a lui aussi vu sa surface rognée de 1650 ha, suite à l’approbation en 2010, d’une concession économique en faveur d’une compagnie de Hong Kong, la Hong Kong Research Investment and Development Company.

Classée réserve naturelle en 2003, la réserve de Boeung Per, dans la province de Preah Vihear a officiellement perdu 20 000 hectares en 2011, suite à la décision du gouvernement d’inciter les compagnies à y planter de l’hévéa. Une fois déclassées, ces terres situées dans le district de Rovieng,  ont été attribués quelques semaines plus tard à trois sociétés, MDS Import Export Co Ltd, Mekong Rubber Co et Sovanpaum Co, dont les noms ne figuraient pas dans le sous décret signés le 22 juillet 2011 par le Premier ministre Hun Sen.
Mais sans même attendre la signature de ce document, toutes trois avaient commencé d’abattre la forêt, interdisant aux communautés qui y vivaient, dont des membres de la minorité Kui, d’en récolter les résines ou d’autres produits qui leur permettaient jusqu’ici de subsister.

Trois mois plus tard, le directeur de la réserve indiquait qu’une dizaine de compagnies avaient investi quelque 100 000 ha de ce parc national sur un total de 242 000 ha.